Du plaisir

Il faut que le jeune homme aussi bien que le vieillard cultivent la philosophie

Le plaisir que nous avons en vue est caractérisé par l’absence de souffrances corporelles et de troubles de l’âme.

Epicure / Lettre à Ménécée

Wikipédia     Lettre à Ménécée

Le texte

Clotho / La Destinée

Oeuvres de Camille Claudel

 

Clotho

Musée Rodin

Camille Claudel (1864 -1943)
Clotho
1893
Plâtre
H. 90 cm ; L. 49,3 cm ; P. 43 cm
S.1379

Exposée, dans sa version en plâtre, en 1893 à la Société nationale des Beaux-Arts, l’oeuvre s’inspire de la mythologie gréco-romaine. Une souscription organisée pour fêter Puvis de Chavannes en 1895 permet alors de commander à Camille Claudel une version en marbre (aujourd’hui perdue) qui fut achevée en 1897 et présentée en 1899 à la Société nationale des Beaux-Arts.

Clotho était la plus jeune des trois Parques qui présidaient à la destinée humaine. Présentée sous les traits d’une très vieille femme, la sculpture s’inscrit dans un dialogue artistique entre Rodin et Camille Claudel autour de la représentation de la vieillesse. Sur cette thématique, Rodin avait créé, en 1884-1885, Celle qui fut la belle Heaulmière, tandis que son praticien Jules Desbois, d’après le même modèle, réalisa en 1894 une Misère en terre cuite.

L’œuvre constitue également un des points de repère de la préoccupation claudélienne du destin dont on retrouve d’autres traces dans son travail. Emprisonnée dans ses cheveux comme dans des rêts qui pèsent sur sa tête de tout leur poids et semblent la paralyser, Clotho, présentée au salon en même temps que la Valse, en est la presque exacte antinomie.

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Musée Rodin

 

 

La Destinée

L’Âge mûr ou la Destinée, ou le Chemin de la Vie, ou La Fatalité

1899
Bronze
H. 121 cm ; L. 181,2 cm ; P. 73 cm
S.1380
Fonte Frédéric Carvilhani, après 1913, titré et signé sur la terrasse.
Don de Paul Claudel, 1952.

La première version de L’Âge mûr, dont on ne possède qu’un exemplaire en plâtre, est datable de 1894-1895 d’après la lettre envoyée par Camille Claudel à son frère Paul, en décembre 1893, où elle est désignée par l’artiste sous le titre du «groupe des trois». La sculptrice envisageait d’introduire un arbre penché dans le groupe pour exprimer plus fortement encore l’idée de destinée, centrale à ses yeux.

La deuxième version de L’Age mûr fait suite à une commande de l’Etat français en 1895, mais si l’œuvre est bien terminée par l’artiste et payée en 1898, elle ne fut jamais livrée au Dépôt des marbres. Elle est, en revanche, fondue deux fois en bronze, en 1902, par Thiébaut Frères, pour le compte d’un particulier, le capitaine Tissier (musée d’Orsay, Paris) et en 1913, par Carvilhani (musée Rodin, Paris), avant que le plâtre qui avait servi de modèle pour les fontes ne disparaisse.

Souvent interprétée dans un sens autobiographique comme illustration des hésitations de Rodin entre sa vieille maîtresse, Rose Beuret, et sa jeune amante, Camille Claudel, L’Àge mûr apparaît surtout comme une variation autour du thème de la destinée. Dans un mouvement d’irrésistible entraînement, l’homme, encore tenu fermement par la jeunesse et la vie dans la première version, est arraché dans la seconde aux bras tendus de la jeune suppliante par la vieillesse et la mort. Les drapés tourmentés, les ombres violentes rapprochent cette deuxième version de l’esthétique « Art nouveau ».

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Musée Rodin

Un texte sur Didactique : Quelle liberté ?

L’hiver

Une Oeuvre de Auguste Rodin

Musée d’Orsay
L’Hiver

Sur le pilastre gauche de la Porte de l’Enfer, commandée en 1880 à Rodin, figure déjà une vieille femme décharnée en bas-relief. Mais qui eut le premier l’idée de reprendre ce thème quelques années plus tard ? Est-ce Jules Desbois (1851-1935) qui fit poser une Italienne pour son groupe La Mort et le bûcheron (oeuvre disparue) commencé en 1887 ? Est-ce Rodin ? Une anecdote largement répandue raconte que ce dernier, frappé à la vue du modèle posant chez Desbois, lui aurait emprunté sa vieille et son sujet. La même femme âgée aurait posé devant Camille Claudel pour sa Clotho (Torse au musée d’Orsay), ou pour la vieille femme qui entraîne l’homme vers la mort dans le groupe autobiographique de L’Age mûr (musée d’Orsay).

En 1892, une version en bronze de la sculpture de Rodin entre au musée du Luxembourg sous le titre Celle qui fut la Belle Heaulmière, inspiré d’un poème de François Villon (vers 1431-après 1463). Quant à la version en marbre conservée au musée d’Orsay, c’est Victor Peter (1840-1918), un praticien de Rodin, qui en est à l’origine. Dans une lettre du 17 janvier 1890, il exprime à son patron le désir « d’exécuter […] un morceau de nu de vieillard très ridé et accentué, une chose qui ressemblerait, si je puis m’exprimer ainsi à un moulage sur nature en marbre […] par exemple, comme le torse de vieille que je voyais chez vous hier ». Peter taille le marbre au cours des mois suivants et l’on peut lire, dans sa correspondance avec Rodin, son impatience à montrer au maître l’avancée du travail. Enfin, c’est par une note griffonnée sur une carte de visite que Rodin annonce à Peter le 14 janvier 1891 : « J’ai vendu la vieille / votre R ».

Auguste Rodin (1840-1917)
L’Hiver
Vers 1890
Marbre
H. 51 ; L. 34 ; P. 19 cm
Paris, musée d’Orsay
Don de M. Robert Gérard, 1995

 

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Musée Rodin

Celle qui fût la belle Heaulmière

1887
Bronze
H. 50 cm ; L. 30 cm ; P. 26 cm
S.1148

L’œuvre, acquise par l’État en 1891 fut placée au musée du Luxembourg (Lux.109) l’année suivante.
La première apparition de ce thème se trouve sur un des pilastres de La Porte de l’Enfer en 1887, puis comme motif décoratif sur la panse d’un vase réalisé par Rodin et Jules Desbois en 1888-1889, pour la manufacture de Sèvres. L’œuvre est inspirée par un poème de François Villon.

L’anecdote veut que La Belle Heaulmière de Rodin ait été conçue en pendant à La Misère de Jules Desbois, pour laquelle une femme très âgée servit également de modèle. La Belle Heaulmière apparaît comme un défi constitué par la représentation de la chair flétrie et de la laideur. L’oeuvre acquise par l’Etat en 1891 fut placée au musée du Luxembourg l’année suivante.

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Hiver Rodin

 

Musée Rodin     Musée d’Orsay

Autres Billets

La misère de Job

Une Oeuvre de  Ossip Zadkine

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Ossip Zadkine
Smolensk 1890 – Neuilly-sur-Seine 1967
1914
Bois d’orme
123 x 84 x 139 cm
Numéro d’inventaire 2338

En 1914, l’artiste plasticien d’origine russe Ossip Zadkine réalise un groupe de quatre sculptures. Ensemble, elles représentent les frustrations et les problèmes qu’il a connus en tant que jeune sculpteur. Zadkine s’est inspiré du ‘Livre de Job‘ de l’Ancien Testament et, en particulier, du passage où les amis de Job, Elia, Blida et Sofa, l’aident à surmonter ses malheurs.

Cette œuvre respire une grande sensibilité, exacerbée par les nervures et la couleur chaude du bois d’orme. On est aussi frappé par la monumentalité et la puissance qui se dégagent de ces sculptures. Zadkine a réduit les personnages à leur plus simple forme et expression. Les blocs de bois dictent leurs attitudes et leurs gestes. Ces sculptures trahissent en outre clairement l’influence de l’art africain primitif qui a fortement déteint sur les œuvres des cubistes et expressionnistes.

Tout comme Auguste Rodin, qui était son grand exemple, le jeune Zadkine est sorti des sentiers battus en ne représentant pas un groupe solidaire, mais des personnages solitaires. Des êtres repliés sur eux-mêmes et absorbés par le désespoir et l’incompréhension qui les frappent. Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale qu’ils ont été réunis sur un socle plat. À l’époque, Zadkine avait de nombreux contacts avec les milieux artistiques belges. C’est en 1936, peu avant son départ pour New York où il allait s’installer, qu’il a fait don de cette œuvre au KMSKA.

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