Croire ou nier

 

On parle sans cesse de la destinée ; les uns y croient, les autres la nient ; on l’applique tour à tour aux choses et aux hommes. Certes, on ne peut douter qu’il n’y ait une destinée, c’est-à-dire, un grand enchaînement de causes et d’effets qui conduit tout vers un but que notre œil ne peut apercevoir ; mais ce que les hommes appellent leur destinée est autre chose, et doit être expliqué différemment. Notre destinée n’est pas dans les événements, elle est dans notre caractère ; dans l’entraînement involontaire de nos esprits ; dans une volonté ferme et constante portée sur un seul point, et formée de la réunion de tout ce que nous éprouvons. Cet enchaînement est, en effet, une sorte de pouvoir contre lequel tout vient se briser. Raison, remontrances, intérêt personnel, rien n’arrête réellement ce torrent qui poursuit sa course à travers les écueils, comme poussé par un ascendant supérieur. C’est ainsi que l’on voit des gens se précipiter, malgré tout, à leur perte ; d’autres s’élever, en dépit des obstacles, à une hauteur que l’on ne peut comprendre; mais, quoi qu’il puisse leur arriver , ce ne sont pas les événements qui se disposent pour ou contre eux, ce sont eux, au contraire, qui profitent des moindres événements pour arriver au but qu’ils ont toujours devant les yeux : ce n’est pas la destinée qui les pousse, c’est une force qui est en eux, qui provient d’eux, de leurs dispositions morales, de leur organisation peut-être ; dont les effets, nécessairement bornés et passagers, finissent avec eux, et que l’orgueil seul des hommes a pu rattacher à la marche invariable des grandes destinées du monde.

Constance de Théis / Pensées diverses (1835)

Wikipédia

 

 

Jusqu’au bout …

 

“Les héros ont notre langage, nos faiblesses, nos forces. Leur univers n’est ni plus beau ni plus édifiant que le nôtre. Mais eux, du moins, courent jusqu’au bout de leur destin. ”

Albert Camus / L’Homme révolté                            

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Ignorance et distinction

 

Le savoir nous distingue, mais l’ignorance nous réunit.

Moins on en sait de quoi on parle et plus on en pense et on en dit la même chose que tout le monde. Aussi n’y a-t-il d’opinion que générale.

Le philosophe de service et autres textes   Raphaël Enthoven

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La source du charme

Les gens n’ont de charme que par leur folie. Voilà ce qui est difficile à comprendre. Le vrai charme des gens c’est le côté où ils perdent un peu les pédales, c’est le côté où ils ne savent plus très bien où ils en sont. Ça ne veut pas dire qu’ils s’écroulent au contraire, ce sont des gens qui ne s’écroulent pas. Mais, si tu ne saisis pas la petite racine ou le petit grain de folie chez quelqu’un, tu peux pas l’aimer. On est tous un peu déments, et j’ai peur, ou je suis bien content, que le point de démence de quelqu’un ce soit la source même de son charme.

Gilles Deleuze

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Une minorité, c’est un devenir

Ce qui définit la majorité c’est un modèle auquel il faut être conforme. Tandis qu’une minorité n’a pas de modèles, c’est un devenir, un processus. Lorsqu’une minorité crée des modèles, c’est qu’elle veut être majoritaire ou qu’elle est contrainte de se doter d’un « modèle » nécessaire à sa survie (« avoir un statut »).

Gilles Deleuze

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Autour de nous …

 

 

« Le malheur est que nous sommes au temps des idéologies et des idéologies totalitaires, c’est-à-dire assez sûres d’elles-mêmes, de leur raison imbécile ou de leur courte vérité, pour ne voir le salut du monde que dans leur propre domination. Et vouloir dominer quelqu’un ou quelque chose, c’est souhaiter la stérilité, le silence ou la mort de ce quelqu’un. Il suffit, pour le constater, de regarder autour de nous. »

Albert Camus, « Le Témoin de la Liberté » (« Actuelles I / Chroniques 1944-1948 »)

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