Croire ou nier

 

On parle sans cesse de la destinée ; les uns y croient, les autres la nient ; on l’applique tour à tour aux choses et aux hommes. Certes, on ne peut douter qu’il n’y ait une destinée, c’est-à-dire, un grand enchaînement de causes et d’effets qui conduit tout vers un but que notre œil ne peut apercevoir ; mais ce que les hommes appellent leur destinée est autre chose, et doit être expliqué différemment. Notre destinée n’est pas dans les événements, elle est dans notre caractère ; dans l’entraînement involontaire de nos esprits ; dans une volonté ferme et constante portée sur un seul point, et formée de la réunion de tout ce que nous éprouvons. Cet enchaînement est, en effet, une sorte de pouvoir contre lequel tout vient se briser. Raison, remontrances, intérêt personnel, rien n’arrête réellement ce torrent qui poursuit sa course à travers les écueils, comme poussé par un ascendant supérieur. C’est ainsi que l’on voit des gens se précipiter, malgré tout, à leur perte ; d’autres s’élever, en dépit des obstacles, à une hauteur que l’on ne peut comprendre; mais, quoi qu’il puisse leur arriver , ce ne sont pas les événements qui se disposent pour ou contre eux, ce sont eux, au contraire, qui profitent des moindres événements pour arriver au but qu’ils ont toujours devant les yeux : ce n’est pas la destinée qui les pousse, c’est une force qui est en eux, qui provient d’eux, de leurs dispositions morales, de leur organisation peut-être ; dont les effets, nécessairement bornés et passagers, finissent avec eux, et que l’orgueil seul des hommes a pu rattacher à la marche invariable des grandes destinées du monde.

Constance de Théis / Pensées diverses (1835)

Wikipédia

 

 

De l’âme

 

C’est sans faire de bruit qu’elle s’est esquivée. Presque personne ne s’en est rendu compte. Pareille disparition constitue pourtant un changement radical, même s’il est resté inaperçu, presque subreptice. Qui s’est éclipsé ? L’âme. Autrefois, elle définissait l’être humain, constituait l’essentiel des individus comme de l’espèce. Le corps venait en second, comme accessoire crucial mais finalement transitoire.

Rien de tel à présent. Au ­contraire, l’humain se confond désormais avec son corps, et n’existe que par, pour et dans son organisme. L’âme semble donc n’être plus qu’un mot, un vocable ancien, issu d’une langue morte, dont nul ne sait ce qu’il voulait dire exactement. Contre pareille déshérence et désolation, ­François Cheng propose de « retrouver et repenser l’âme ».Il s’y emploie en écrivain et en philosophe, au fil de sept lettres composées en réponse à une amie.

Bien que ce livre porte le même titre qu’un traité fameux d’Aristote – De l’âme, version française du grec Péri psuchès,…
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